Ben, voilà aut'chose

Très belle photo, désolée de l'avoir empruntée, que l'auteur me pardonne ou qu'il se manifeste...

Je m'en doutais que la nouvelle tomberait un jour. Il a tenu quand même, le bougre. Je suis mort qui qui dit mieux... Comme beaucoup beaucoup de fans, j'ai aimé cette étoile, sur scène bien sûr. Mais surtout chez moi, dans ma chambre d'adolescente. Je posais l'aiguille sur le vinyle avec douceur. En boucle. Je me gavais de façon indécente.


A Bercy, en 1986, il était tout petit sur l'immensité de la scène, une scène grise en uniforme, qui occupait tout le parterre de la salle de spectacle. Des blocs montaient et descendaient, Mory Kanté apparaissait comme une ombre sortie des fumigènes avec sa cora. "Bonsoir Jacques !" Puis Youssou N’Dour. C'était magique. Je retrouvé ce morceau divin d'entrée en scène : Ygare.

https://www.youtube.com/watch?v=6fIaf2c-l7k

Dans cet espace grandiose, le petit bonhomme sautillait en équilibriste, comme un gamin de cinq ans sur un chemin de campagne. Il se déversait entre deux chansons, des paroles incohérentes, folles, qui lui passaient par la tête. Il vidait son nez sous les projecteurs et avouait dans le micro : je me vide des mes pensées salaces, je nettoie mon esprit des vilaines bêtes.

Au Casino, il y a plus de trente ans, j'avais eu de la chance. C'était un de ses bons jours. Parfois, il quittait la salle, quand le public le gonflait. Il fallait le mériter, son sale caractère. Comme il était entier, ses fans l'acceptaient, avec son génie et ses démons. Têtue comme j'étais, je l'avais attendu à la sortie. Il était apparu avec son sublime sourire et m'avait tendrement embrassée. Ses joues étaient si brûlantes que je crus mourir. Il sentait le poète et le maquillage.




Tiens, j'ai dis tiens !

J'ai aimé tous ses morceaux. On se roulait dedans comme dans le foin quand on était jeunes, fragiles, amoureux, que les plaies s'ouvraient, saignaient et se refermaient. On les connaissait par coeur. Il y en avait tant. Champagne, bien sûr, Mais y'en a un qui était différent. Je ne le partageais qu'avec moi-même.

Tiens, j'ai dit tiens, j'ai dit tiens tiens, j'ai dit tiens ! J'suis con, j'aime ça, c'est bon, d'être con. Non, il vit, c'est le roi qui pisse au lit. Pompier, pompier, j'ai des pompiers dans mon zizi ! Tu m'fais du lapin, quand j'ai faim, au beurre, quand j'pleure. Tiens j'ai dit tiens, tiens tiens, j'ai dit tiens. Tout droit sorti de l'album Crabouif. Des instruments africains mêlés, cette phrase répétitive. La voix rauque d'Higelin enjouée et bécassine.

Gourgandineu !!! Cette musique envoûtante, ses choeurs monotones, je m'en saoûlais. Un soir, je promenais mon chien. Je faisais le tour du pâté de maison. Rue Champfleury, au bord du Champ de Mars. Il était minuit. Un type qui ressemblait comme deux gouttes de vodka, non pas à Higelin, mais à Jacques Dutronc, m'avait acostée et voulais m'emmener dans sa voiture. Elle était garée là, le moteur allumé, la portière ouverte. J'avais pris peur. Je devais avoir 15 ans. Il insista : viens avec ton chien ! Je restai bouche bée, face aux yeux bleu métallique, luisant dans la nuit, une odeur forte d'éther me transpersait le coeur.

Je remontai avec mon chien sous les toits, au septième étage où on habitait avec papa et maman. Je ne dis rien à personne. Je m'enfermai dans ma chambre et j'écoutai JH, longtemps, le cerveau médusé et figé par ces aventures d'adolescente au bord de l'enlèvement.

Je suis mort, qui qui dit mieux... L'a raté le train, c'était le dernier !

Commentaires

Popular post

Le trio de Raphaël

Hajni, la reine du café

Le vertige de la page noire